Louis XVI, la pédagogie et la dataviz | Toucan Toco

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“[Ces graphiques] parlent toutes les langues, sont très clairs et facilement compris”, Louis XVI à propos des visualisations réalisées par le statisticien William Playfair.

Dans Truth and Truthiness Howard Weiner décrit comment l’analyse de données peut et doit rester fidèle à la vérité (Truth) trop souvent obscurcie par les semi-verités (Truthiness) et autre ‘rapid-ideas’, idées qui ne paraissent sensées que si on les évoque rapidement. Le rôle de la dataviz dans ce processus est double :

  • analyser : “Une visualisation est parfois le seul moyen de trouver dans les données ce que nous n’y cherchions pas” John Tukey, statisticien inventeur de la boîte à moustache. Une visualisation ne doit pas simplement être fidèle, elle doit aussi permettre de mettre en évidence des relations, provoquer des questions qui seraient sinon restées dans l’ombre.
  • communiquer : tout lecteur de dataviz devrait partager la réaction de Louis XVI! La visualisation doit expliquer des résultats complexes sans les déformer. “Tout devrait être aussi simple que possible, mais pas plus” disait Einstein.

Howard Weiner consacre un chapitre de Truth and Truthiness à montrer comment certaines visualisations, utilisées principalement dans la presse, peuvent être améliorées. Je vous propose de prendre un de ses exemples et de voir si nous pouvons le pousser plus loin :)

Les acquisitions chinoises réalisées à l’étranger (1990-2006) - Thomson Financial

19 150 548 397 125 159 68 1,273 1,661 265 767 962 2,592 969 1,456 6,426 13,764 Montant des acquisitions (m$)
1990 1992 1994 1996 1998 2000 2002 2004 2006
1 2 14 26 22 13 18 49 51 40 45 41 63 47 97 76 105 Nombre d'acquisitions

Les + :

  • utilisation d’échelles adaptées : Les montants d’acquisitions sont multipliés par 724 sur la période seule une échelle de type logarithmique permet d’afficher à la fois les 19 m$ de 1990 et les 13 764 m$ de 2006,
  • représentation relativement riche : au total cette visualisation affiche 34 points ce qui est un nombre relativement élevé pour une presse qui peut être tenté de trop simplifier pour mieux insister sur le message qu’elle veut faire passer (exemple : n’afficher que 1990 et 2006)

Les - :

  • utilisation du bubble chart : l’encoding du montant d’acquisition par la surface est juste mais complique la tâche du lecteur. Une représentation par un linechart ou un barchart aurait été plus précise. Le choix du bubble chart a sans doute été fait pour réaliser une représentation plus ‘originale’.



Les acquisitions chinoises réalisées à l’étranger (1990-2006) - Howard Weiner

 
19 150 548 397 125 159 68 1,273 1,661 265 767 962 2,592 969 1,456 6,426 13,764 Montant des acquisitions (m$)
1990 1992 1994 1996 1998 2000 2002 2004 2006
1 2 14 26 22 13 18 49 51 40 45 41 63 47 97 76 105 Nombre d'acquisitions

Les + :

  • visualisation du rythme de croissance : en ajoutant une droite de régression, HW permet au lecteur de visualiser la croissance des deux dimensions. Le rythme de croissance moyen pour le nombre d’acquisitions est de 5.5. Le lecteur peut immédiatement voir les années qui ont vu une augmentation plus ou moins importante que cette hausse moyenne,
  • visualisation du prix moyen : la comparaison des deux lignes permet selon Howard Weiner de constater facilement que non seulement le nombre d’acquisition a explosé sur la période mais également que le prix moyen est beaucoup plus important. Il me semble toutefois que l’on peut mettre en relation ces deux dimensions de manière plus efficace.



Les acquisitions chinoises réalisées à l’étranger (1990-2006) - Nous!

 
1989 1990 1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 19 150 548 397 125 159 68 1,273 1,661 265 767 962 2,592 969 1,456 6,426 13,764 1 2 14 26 22 13 18 49 51 40 45 41 63 47 97 76 105 Montant des acquisitions (m$) Nombre d'acquisitions

Les + :

  • mise en relation des deux dimensions : en décidant d’utiliser la position pour encoder et la valeur et le nombre d’acquisition nous permettons à d’autres histoires d’émerger. On voit tout de suite que 1990-1992 est une période de forte croissance du nombre d’acquisitions alors que le montant moyen explose. Entre 2000 et 2003 les deux dimensions stagnent. Entre 2003 et 2004 le nombre d’acquisitions explose alors que le montant total augmente de manière plus faible : le montant moyen d’acquisitions chute donc sur la période.

Les - :

  • le montant moyen des acquisitions n’est pas directement représenté : le bon élève encoderait le montant moyen par une bulle
  • la comparaison des rythmes de croissances est compliquée : les échelles utilisées en abscisse et ordonnée ne sont pas les mêmes (logarithmique vs linéaire) ce qui peut induire en erreur.


À vous de me dire!

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